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Le deuil : Processus, étapes et reconstruction

deuil-deces-douloureux-psychoytherapie.jpgNous allons tous mourir et il n’y aura pas d’exception, nous sommes absolument tous voués à disparaitre, même  les individus les plus exceptionnels… Alors pourquoi est-ce que la mort reste de nos jours aussi tabou ? Pourquoi est-ce qu’on en parle si peu dans notre société ?


Ce ne fut pas toujours le cas : au cours des siècles passés il y avait des traditions, des rituels, tout un tas de codes et d’usages sociaux qui parlaient de la mort  avec une certaine proximité. Quand quelqu’un était décédé, le prêtre  se déplaçait dans la maison et qui souhait pouvait le suivre, y compris les enfants.  La mort faisait partie du paysage de la vie. Elle y avait sa place et y était tolérée avec une nécessaire familiarité. Et puis, avec le progrès médical dans les années 50/60 il y a eu un transfert du prendre soin  du mourant et du mourir, de la maison à l’hôpital. Meilleure solution pour bénéficier d’une prise en charge adaptée,  mais qui en s’éloignant du champ social (loin des yeux, loin du cœur) a fait perdre cette connaissance intrinsèque de la mort qui est progressivement  passée du camp familial à l’ordre médical. N’étant plus sous le regard, la mort est devenue distante et la distance avec son flot de fantasmes a créé des peurs… Fatalement, est né de  la peur l’exclusion.

 Dans les années 80/9O on s’est rendu compte notamment avec le Sida, que ce mouvement ne pouvait pas durer et, en introduisant les soins palliatifs, le mourir à domicile a permis de réapprivoiser cette vision de la fin de vie et côtoyer à nouveau le mourant. Néanmoins, cette distance au cours des années a créé une double incidence, car perdant ce savoir ancestrale sur l’approche de la mort on a aussi perdu le savoir ancestral autour du deuil et de l’accompagnement des proches en deuil. Notre société s’est complètement dépouillée de tous les rituels comme la veillée des morts, des codes funéraires, notamment des codes vestimentaires qui permettaient d’être repéré dans sa souffrance et respecté des autres et pas seulement des proches. Notre société avec son rythme essaie de nous faire raccourcir un processus de deuil qui ne peut absolument pas l’être.

Face à un deuil quelle réponse apporter ? Être fort est-il suffisant puisqu’au fond, tout passe, le chagrin aussi…  Le processus de deuil est bien plus complexe. Imaginons une profonde blessure au bras. Notre corps va mobiliser tout un système de cicatrisation au-delà de notre volonté pour récupérer l’intégrité du corps et éviter que cette plaie béante nous mette en danger. Le processus de deuil c’est exactement la même chose, mais côté psychique. Il va y avoir des stades de cicatrisation pour nous amener à guérir de cette blessure mais, il subsistera toujours une cicatrice plus ou moins douloureuse comme pour la plaie du bras. On ne peut donc pas tourner la page, oublier et passer à autre chose. Le processus de deuil est un processus de cicatrisation. Ce processus est indispensable sinon on meurt psychiquement. Le travail de deuil est comparable à ce qu’on va faire pour prendre soin de sa plaie au bras ; on va la nettoyer, on va la panser, faire en sorte d’accompagner le mieux possible cette cicatrisation, de même on va mobiliser des ressources spécifiques pour supporter cette cicatrisation de la perte de l’autre.

 Il y a donc deux choses distinctes : 1 le processus de deuil qui est indispensable et universel, car il va se mettre en place naturellement et, 2  la décision personnelle de travail de deuil pour s’accompagner  le mieux possible dans cette souffrance.

 Bien sûr,  le processus est universel, mais sera coloré des paramètres et des degrés de gravité autour de l’histoire du deuil. Le processus se fera mais, pas de la même manière pour un individu qui a accompagné pendant plusieurs années son ou sa compagne victime d’une grave maladie et celui qui affronte le suicide d’un proche.

Les étapes :

La phase de choc : C’est la nouvelle apprise par téléphone qui annonce un accident, ou en sa présence le dernier souffle du conjoint et là, l’information est tellement énorme pour notre esprit, que notre psychisme va réagir face à cette souffrance en mettant des protections pour éviter d’avoir mal. Ça a donc pour effet de mettre à deuil-solitude-psychotherapie-asnieres-paris.jpgdistance, de se protéger mais aussi d’anesthésier. C’est la raison pour laquelle certaines personnes pendant quelques heures, voire plusieurs semaines, sont dans un état d’irréalité. On fonctionne alors un peu en mode automatique tout en ressentant un stresse biologique aigu.

La phase de fuite / recherche : Cette phase va durer entre 8 et 10 mois environs après le décès. Il va y avoir un tsunami de souffrance qui arrive et certaines personnes essaient de s’encombrer l’esprit, notamment les premiers mois (en travaillant beaucoup par exemple), en pensant que cette vague douloureuse ne va pas les rattraper. Ce n’est pas par choix c’est un mécanisme qui s’impose à soi. La recherche est une autre composante de cette phase car, parallèlement à cette fuite de la souffrance on va rechercher à conserver des preuves de l’existence du proche qui est parti. Par exemple, on garde les vêtements qui portent l’odeur de l’absent, ou l’on conserve en état la chambre d’une enfant décédé, on tapisse ses murs de photos... Certains  conservent  même le forfait téléphonique pour tomber sur la voix du disparu enregistrée sur le répondeur. Tout ceci est normal car le processus de cicatrisation nécessite de passer d’une relation extérieur objective de la personne aimée  à une relation intérieur subjective qui est une expérience de sa présence car elle n’est plus dans le monde. C’est exactement cela le processus de deuil : un mouvement d’intégration du lien. Au début on reste avec un lien extérieur donc, on a besoin de toucher, de voir ou de sentir quelque chose de concret. C’est là que les ennuis commencent souvent d’ailleurs, car l’entourage au bout de 10 ou 12 mois commencent à en avoir assez  et propose, voir force un peu de passer à autre chose… Hors le processus est beaucoup plus long puisque ici, nous n’en sommes  qu’à la moitié de son temps de cicatrisation qui comporte 4 phases.  On perd donc, en plus, du soutien extérieur… Mais on perd aussi du support extérieur, car les odeurs s’en vont, les détails aussi, on n’en est pas encore à avoir intériorisé le lien, donc à la fin de cette deuxième étape on a l’impression terrible de perdre une seconde fois la personne aimée !

La phase de déstructuration : Au moment où l’on pensait que les choses s’étaient un peu stabilisées on en n’est à se casser la figure…  On entend les gens exprimer leur souffrance au bout de 8 ou 12 mois en expliquant que c’est pire maintenant qu’au début ! Ces personnes sont perdues parce qu’elles pensaient qu’avec le temps cela irait mieux, mais au contraire avec le temps cela s’aggrave…  C’est la dynamique du processus qui veut ça, c’est donc encore une fois normal, mais si on l’ignore hélas, on peut réellement paniquer. C’est probablement l’étape la plus douloureuse du processus du deuil, car vient le temps du Manque avec un grand M. Le vécu de l’absence.  La déstructuration est une perte de tous les repères construits auparavant. On commence à comprendre et pas qu’au niveau psychique, au niveau viscérale aussi,  que l’absent ne reviendra plus et ce temps-là a une tonalité dépressive. Et encore une fois, souvent lorsque l’on tend la main pour être aidé, vu le temps écoulé depuis le décès, il n’y a plus beaucoup de support dans l’entourage. De plus, on est dans la deuxième année, fin de première/deuxième année, et l’on est fatigué, car c’est épuisant un deuil. C’est long et fatiguant.  C’est un temps de profonde solitude aussi parce qu’il n’y a plus beaucoup de proches, de gens qui mentionnent le nom du disparu. Le pire peut-être c’est cette calme désespérance qui fait croire qu’à partir de maintenant on va rester bloqué dans cet état-là, cette souffrance immobile ! Mais non, même si c’est très long le processus continu son travail de cicatrisation… Mieux vaut le savoir, pour ne pas partir en « vrille », ni se perdre dans cet état difficile.

therapie-du-deuil-paris-asnieres.jpgLa phase de restructuration : La quatrième étape arrive au bout de plusieurs années. Elle se passe à trois niveaux :


La redéfinition de son rapport aux autres. Il se peut que le statut social change du fait du décès et, du coups qu’un autre réseau se crée, ailleurs.( remariage, déménagement, souhait de changer de vie, ou simplement perte secondaires  puisqu’on est plus avec les gens que l’on fréquentait… )

Redéfinition de son rapport par rapport à la personne qu’on a perdue. On vit/ressent quelque chose de l’ordre d’une présence qui ne dépend pas du temps, ni du lieu ; c’est hors du temps et de l’espace. C’est l’expérience d’une présence intérieure de la personne qu’on a perdue qui fait qu’on peut s’autoriser parfois à ne pas y penser, car elle est à une pensée de soi. C’est une réalité qui est décrite par les personnes qui sortent enfin de la troisième phase.

Redéfinition de soi par rapport à soi. C’est qui je suis devenue en tant que personne dans ce chemin-là ? Il y a tous les crans de reconstruction possibles. Parfois quelques crans au-dessous, parfois quelques crans au-dessus dans une dimension spirituelle par exemple. Dans tous les cas, c’est une reconstruction. Ce qui est certain c’est qu’on ne redeviendra jamais plus comme avant, mais que l’on s’autorise à vivre avec ce deuil et à recommencer des expériences de vie.


 

Le deuil est un processus de solitude ultime, qu’on le veuille ou non, ça nous ramène toujours au cœur de nous-même, et c’est dans ce lieu-là qu’on rencontre la peine, mais qu’on construit le lien. Et c’est pour cela que dans le vécu du deuil, il est essentiel d’être en lien avec les autres pour obtenir du réconfort, de la tendresse et de l’écoute. Mais également, de se ménager des temps où l’on est seul avec soi-même dans ce lieu d’élaboration où se distille le lien avec l’être perdu.

Enfin parlez-en parce que même si c’est obsessionnel au début, c’est une bonne manière non pas d’oublier, mais d’user la charge émotionnelle.  Si c’est trop difficile, si vous êtes trop isolé, n’hésitez pas à vous faire aider par un professionnel.

En savoir plus :

Lisez l'excellent ouvrage de Christophe Fauré

Vivre le deuil au jour le jour

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Le cabinet sera fermé du 1er juin au 31 aout 2017.

Bonne vacances à tous !

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